Extraits de
  "L’école de Crozant
  Les peintres de la Creuse et de Gargilesse 1850-1950"
  Par Christophe Rameix
  Editions Lucien Souny

Sur le cours de la vallée de la Creuse, les paysagistes ont choisi une série de sites bien précis, s’étendant du village d’Anzême (Creuse) qui surplombe de hautes gorges , jusqu’au village de Ceaulmont (Indre) qui domine la Boucle du Pin , dernier contour avant que la Creuse , au sortir des contreforts du Massif central , ne change de physionomie.
Mais entre Anzême et Ceaulmont, la vallée présente une remarquable unité de relief , de végétation et d’habitat. Sur cette distance plusieurs villages accueillirent fréquemment des peintres. Il s’agit, en aval d’Anzême , du village du Bourg-d’Hem (prononcez Bourdan) perché sur une colline ; du village de la Celle-Dunoise , bâti au bord de l’eau ; du village de Fresselines, au confluent de la Petite et de la Grande Creuse, la résidence de Maurice Rollinat et le centre des motifs creusois de Claude Monet. A quelques kilomètres, Crozant, le cœur de la vallée des peintres, exhibe, sur un promontoire rocheux, entre Creuse et Sédelle, les ruines de son château féodal. Il s’y ajoute trois petites vallées, très prisées des peintres, formées par la Petite Creuse, la Sédelle et la Gargilesse...
Découverte par les romantiques, la vallée de la Creuse doit beaucoup à Georges Sand. Déjà de Nohant, celle-ci guidait parfois jusqu’aux rives rocheuses de Crozant quelques hôtes privilégiés et choisis, comme à son habitude, dans l’élite intellectuelle et artistique de son temps (Chopin, Dumas fils parmi les plus célèbres ).
En quelques années la rumeur s’amplifie. L’affluence des peintres réveille les villages endormis. A la belle saison, entre Gargilesse et Crozant, il est certain de rencontrer un peintre appliqué sur son ouvrage (Charles Donzel, Gustave Castan, Ernest Hareux, Gaston Vuillier, Allan Osterlind , etc…)
Maurice Rollinat, poète réfugié à la suite d’un tapage littéraire et parisien, reprend à Fresselines à partir de 1833 le rôle vacant de feue Georges Sand. Toujours actif malgré son exil il attire dans la vallée une nouvelle génération de peintres de plein air et ouvre, notamment en recevant Claude Monet en 1889, le chemin de la Creuse aux impressionnistes...
En 1892, l’arrivée décisive d’Armand Guillaumin consacre avec fougue le passage d’une Creuse simplement pittoresque à une Creuse totalement picturale.
Au début du siècle, Crozant connaît son heure de gloire. Mais c’est le paysagisme directement issu de l’impressionnisme qui s’y épanouit le mieux. Léon Detroy, Paul Madeline , Eugène Alluaud , Albert Joseph, Henri Pailler, Fernand Maillaud , Anders Osterlind , Emile Othon Friesz, Francis Picabia, Edouard Debourg , André Villeboeuf , Georges Hanna Sabbagh...
Puis en 1926,la mise en eau à Eguzon de ce qui est à l’époque le barrage le plus puissant d'Europe, donne un coup d’arrêt brutal à l’école de Crozant.
A Paris, il n’est déjà plus dans le goût du jour de présenter des paysages post-impressionnistes. Enfin dans le même temps, la désertification des campagnes par ses conséquences efface les derniers repaires du site...

Le mouvement des peintres de l’école de Crozant (ainsi qualifié dès 1864), actif pendant toute la durée du pleinairisme, a donc pu contribuer efficacement au triomphe du paysagisme français. Rappelons que les grands chefs de file, de Gustave Courbet à Claude Monet en passant par Camille Corot, avaient su par le réalisme naturaliste, le réalisme poétique et l’impressionnisme, donner au paysage français la première place. L’école de Crozant, présente à tous les stades de cette ascension, se montre alors aussi compatible avec les théories de Monet qu’avec celles de Corot. Cette faculté d’adaptation aux différents courants du pleinairisme, si elle dénote une belle capacité d’accueil, a pour conséquence l’impossibilité de qualifier Crozant comme une école techniquement caractérisée de la peinture du paysage. Elle ne peut être , plus simplement mais bien plus largement, qu’une école de la nature.
De 1850 à 1950, la vallée de la Creuse a donc connu une activité picturale remarquable. Les nombreux peintres qui fréquentèrent ces lieux constituent l’un des mouvements les plus authentiques et les plus constants du paysagisme moderne.
Gaston Thiéry Né à Lille en 1922

Parce qu'il a été l'ultime élève de Léon Detroy, parce qu'il a choisi de vivre et de peindre à Fresselines, parce qu'il représente aujourd'hui la tradition du paysagisme de la vallée de la Creuse , Gaston Thiéry, artiste contemporain ouvre avec optimisme le renouveau du paysagisme régional.

Gaston Thiéry avait rencontré Léon Detroy à Fresselines dès 1940.Le vieux maître de la Creuse n'eut pas besoin de beaucoup d'arguments pour le convaincre de la qualité de la vie d'un peintre paysagiste creusois.
La Creuse d'après la guerre avait retrouvé sa solitude.
Grâce à un travail acharné, porté par la certitude que le paysagisme en Creuse ne saurait mourir, les vues de Fresselines de Gaston Thiéry, exposées à Paris pour la première fois en 1962 obtiennent un franc succès ;
Cette réussite , en stoppant la longue traversée du désert consécutive au déclin de l'école de Crozant a heureusement contribué au regain de la peinture régionaliste.
Depuis 1970 il n'est plus rare de rencontrer au hasard des hameaux, un artiste prêt à tenter l'aventure.
Et si les heures fastes de Crozant appartiennent définitivement au passé, pourquoi ne pas croire avec ces nouveaux peintres du plein air, qu'il s'en trouvera d'autres pour un deuxième volume ?

Extraits de
"L’école de Crozant
Les peintres de la Creuse et de Gargilesse 1850-1950"
Par Christophe Rameix
Editions Lucien Souny



Vous êtes ici :   Accueil » UN PEU D'HISTOIRE